Observation du marché

La navigation intérieure européenne

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Le modal split (répartion modale) constitue un élément important pour le suivi du développement du marché de la navigation intérieure, comme l’évolution de ces paramètres permet d’appréhender la position concurrentielle du mode de transport par voie navigable, par rapport à ses concurrents principaux, à savoir, la voie ferrée et la route. Si d’autres modes de transport peuvent venir en compte, comme les oléoducs voire les pipelines, ou même la navigation maritime/côtière,  la navigation intérieure est principalement en concurrence avec les deux modes précités.

 

Comme la navigation intérieure ne connaît pas une étendue géographique comparable à la voie ferrée et la route, couvrant tout le territoire, il importe de définir une base permettant des comparaisons utiles avec les autres modes.

 

Ces bases peuvent être trouvées dans trois approches distinctes :

 

  • la géographie desservie par la voie d’eau ;
  • les corridors de transport comprenant la voie d’eau ;
  • les filières industrielles voire de commerce ou d’échange, impliquant une activité significative de la voie d’eau.

 

L’aspect de la géographie pourrait être couvert sur la base des statistiques portuaires, normalement disponibles pour les trois modes de transport, et donc permettant un suivi de l’évolution des rapports modaux dans le temps. Pour autant que les statistiques s’y prêtent, des comparaisons au niveau des régions entrent également dans les possibilités.

 

La part de marché de la voie d’eau au niveau national constitue un indicateur valide pour le succès de ce mode de transport que pour certains pays. C’est dû au fait que dans beaucoup de pays, les voies navigables intérieures n’existent seulement que dans certaines régions, ce qui limite le potentiel de développement du mode fluvial par définition.

 

La politique des transports, au plan européen, se base pour une partie importante sur la création voire le développement du transport à travers des corridors : des grands axes reliant les différents centres d’activité économique dans la géographie européenne. Entre-temps, beaucoup d’informations ont déjà été recueillies d’une manière systématique sur le fonctionnement de ces corridors permettant ainsi une comparaison aussi bien fiable et pertinente des rapports entre les modes, a priori, concurrents. Viennent en compte en navigation intérieure avant tout les corridors Rhine-Alpine, Rhine-Danube et Mer du Nord-Méditerranée. Ces corridors seront alors suivis au vu de l’évolution des rapports modaux.

 

Finalement, les statistiques disponibles au niveau des industries ou des groupements d’industries permettent de suivre les parts de marché des modes de transport, en particulier pour l’approvisionnement en matières première. Il s’agit principalement d’activités entre ports maritimes et arrière-pays.

 

Ci-après seront traitées, pour toute la géographie concernée par ce rapport, les différentes approches afin de pouvoir effectuer une synthèse décrivant la place de la navigation intérieure dans le transport continental européen.

La géographie desservie par la voie d’eau

 

 

Au niveau des ports maritimes, la part de marché de la navigation fluviale est surtout très élevée pour les ports des Pays-Bas et de Belgique. À Rotterdam comme à Anvers, la voie d’eau atteint une part de marché de 36 % pour le trafic des conteneurs dans l’arrière-pays des ports. Dans ces deux ports maritimes, cette part est en augmentation depuis 2011. À Anvers, une baisse de l’utilisation de la route en faveur de la voie d’eau peut être constatée.

 

Pour le port de Gent, la voie d’eau est encore plus privilégiée pour le transport des conteneurs. En effet, plus de 48% des conteneurs sont transportés par voie fluviale contre 43 % par la route.

 

Dans le port de Hambourg la part de la voie d’eau s’élevait en 2015 à 12,3 %, du fait que l’Elbe et le canal latéral de l’Elbe sont très peu utilisés (2-3 %) pour l’acheminement des conteneurs dans l’arrière-pays du port hanséatique. Par contre, ces deux voies d’eaux sont utilisées largement pour le transport des marchandises liquides et la cargaison sèche. Ici, la navigation fluviale atteint des parts de marché beaucoup plus élevé (37 % et 19 % respectivement).

 

Au niveau national, les deux pays européens équipé d’un réseau très dense de voies navigables, la Belgique et les Pays-Bas, montrent une croissance du part de marché de la voie d’eau. Aux Pays-Bas les bateaux sont responsables de 40 % de la prestation de transport du pays. En Belgique, cette part est de 20 %.

 

Pour les deux grands pays, l’Allemagne et la France, le bilan est moins favorable. Partiellement, ce constat peut être expliqué avec une présence restreinte de voies navigables sur le territoire de ces deux pays. Une autre explication porte sur l’intégration de la voie d’eau dans les chaînes logistiques.

 

Aux Pays-Bas les bateaux sont responsables de 40 % de la prestation de transport

La part fluviale dans le Modal Split des pays en Europe de l'Ouest (% sur base de tkm)

Source : Eurostat

Pour la plupart des pays danubiens, la part de marché de la voie d’eau est relativement stable et cependant assez faible : Autriche (5 %), Hongrie (4 %), Slovaquie (3 %), Croatie (6 %). En Bulgarie et en Roumanie, des valeurs plus élevées peuvent être observé, avec 15 % et 21 %. Le revers de la médaille est une tendance négative du part de marché de la voie d’eau dans ces deux pays.

Le Modal Split par corridor de transport

 

Le corridor Rhin-Alpes s’étend sur 1.577 kilomètres et passe par les Pays-Bas, l’Allemagne,  la France et la Suisse. Les principales voies navigables empruntées sur ce corridor sont le Rhin, la Moselle et le Neckar. Le tonnage transporté sur ce corridor s’élève à 202 millions de tonnes, dont 178 millions concernent les Pays-Bas, la Belgique et l’Allemagne.

 

Les échanges entre la Belgique et les Pays-Bas se font à hauteur de 33 % par la voie d’eau. Pour les échanges entre l’Allemagne et les Pays-Bas, ce chiffre s’établit à 47 %. Les voies navigables intérieures représentent la plus grande part des échanges dans ce corridor et plus particulièrement pour plusieurs types de marchandises comme les matériaux de production, les produits pétroliers et les minerais.

 

 

Le corridor Mer du Nord-Baltique englobe la Finlande, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique et s’étend sur 3.200 kilomètres. La principale voie navigable de ce corridor est le Mittellandkanal, qui fait le lien entre l’est et l’ouest de l’Allemagne.

 

La part de la navigation intérieure dans ce corridor est de 10 %. Si l’on ajoute la part modale accordée au transport maritime, on atteint une part en faveur de la voie d’eau de 20 %.

 

 

 

Le corridor Rhin-Danube relie les régions centrales autour de Strasbourg et Francfort via le sud de l’Allemagne avec Vienne, Bratislava, Budapest et enfin la mer Noire. La principale voie navigable de ce corridor est le Danube qui s’étend sur 2.860 kilomètres. Le transport de marchandises est concentré sur l’ouest du corridor. En effet, les transports entre l’Autriche, l’Allemagne, la république tchèque et la Slovaquie représentent 82 % des quantités totales transportées sur le corridor.

 

Entre la République tchèque et la Slovaquie sont transportés plus de 18 millions de tonnes, ce chiffre est de 14 millions en ce qui concerne les échanges entre l’Autriche et l’Allemagne. Le modal split du corridor s’établit de la manière suivante : 58 % pour la route, 28 % pour la voie ferroviaire et 14 % pour les voies navigables intérieures.

 

 

Le corridor mer du nord-Méditerranée transite à travers six pays, de l’Irlande à la France, passant par le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Ce corridor s’étend sur plus de 6.500 kilomètres. Il existe d’une part les échanges, qui se font entre l’Irlande et le Royaume-Uni par voie maritime, et d’autre part, pour la partie continentale du corridor où la voie fluviale représente 35 %.

 

Ce taux est principalement expliqué par la forte part qu’occupe le transport par voie d’eau aux Pays-Bas et en Belgique. De plus, ces deux pays développent leur navigation intérieure afin d’améliorer l’accès à l’hinterland de leurs ports maritimes. Cela s’explique par le fait que le secteur maritime est en plein expansion ces dernières années.

Le Modal Split par filière industrielle

 

 

La part de marché de la voie d’eau atteint des valeurs très élevées dans la logistique de certaines filières industrielles. C’est surtout le cas pour l’industrie sidérurgique, chimique, pétrochimique et pour le secteur énergétique.

 

Industrie sidérurgique

En Allemagne, premier pays sidérurgique d’Europe, la plus grande partie de la production sidérurgique est localisé à proximité des voies navigables : dans le bassin de la Ruhr, en Sarre et au bord du Mittellandkanal, facilitant l’usage du Rhin, de la Moselle, de la Sarre, et du Mittellandkanal pour le transport de grandes quantités de minerais de fer, de charbon, de ferrailles et d’acier.

 

Entre 2003 et 2014, la part de la voie d’eau a augmenté de 25 à 29 %. Parallèlement on constate une baisse de la part de la voie ferroviaire. Pour la logistique des matières premières, la part dépasse les 29 %, tandis qu’elle est moins élevée pour les produits finis.

Modal Split dans l’industrie sidérurgique allemande (1990-2014) (% sur base de tonnes)

Source : Wirtschaftsvereinigung Stahl

Dans l’industrie sidérurgique autrichienne, localisée principalement au bord du Danube, la part de marché de la voie d’eau atteint 35 %. 1

Industrie pétrochimique et chimique

Dans l’industrie pétrochimique, la navigation fluviale joue son rôle dans la distribution des produits finis (carburants, fioul léger, naphte) à partir des raffineries. La part de marché de la voie d’eau diffère selon les régions en Europe.

 

Il est très élevé dans la région rhénane, où on trouve les plus grandes raffineries en Europe (Rotterdam, Anvers, Cologne). À Rotterdam et Anvers, environ 50 % des produits finis sont diffusé par la voie d’eau, et presque 40 % pour Cologne. En dehors de l’axe rhénan, la distribution est dominée par la voie ferrée.

 

L’industrie chimique reçoit des essences de base, comme le naphte, et les transforme en produits finis. C’est pour ces derniers approvisionnements que la navigation fluviale est utilisée. Le mode fluvial se trouve en concurrence avec les oléoducs, la route et la voie ferrée. Le modal split dans l’industrie chimique allemande se répartit de la manière suivante : oléoducs (33 %), route (40 %), voie ferrée (16 %), navigation fluviale (11 %).2

 

 

Le secteur énergétique

Dans le secteur énergétique, la voie d’eau est surtout utilisée pour l’approvisionnement des centrales à charbon. Un phénomène similaire pour l’approvisionnement des centrales exploitant la biomasse est en train de se développer.

 

La répartition modale peut être mesurée sur la base des statistiques pour les importations de charbon. Environ la moitié des importations de charbon de l’Allemagne viennent des ports ARA et entrent dans le pays par le Rhin. Cette part a augmenté pendant les années entre 2010 et 2014.3

Résumé

 

Le transport par voie d’eau atteint dans le corridor Rhin-Alpes et entre les Pays-Bas et la Belgique  une part de marché de 30 à 50 %. Cette fourchette peut être déterminée sur la base de plusieurs indicateurs ; elle recouvre :

 

  • les transports transfrontaliers entre les pays (Pays-Bas-Belgique et Pays-Bas-Allemagne),
  • la distribution dans l’arrière-pays des grands ports maritimes (Rotterdam, Anvers, Gand),
  • les secteurs industriels utilisant beaucoup de matières premières (acier, produits pétrochimiques, etc.),
  • des États entiers (Pays-Bas, Belgique).

 

Les tendances concernant la part modale y sont positives. Ainsi, la part de marché de la voie d’eau augmente aux Pays-Bas et en Belgique et la tendance est à la hausse aussi pour le transport dans l’arrière-pays des ports maritimes ainsi que pour certains secteurs de l’industrie.

 

En Europe centrale, la part de marché de la voie d’eau atteint environ 10 à 15 %. Tel est le cas pour les corridors de transport traversant l’Europe centrale, tels que le corridor Rhin-Danube et le corridor est-ouest. Tel est le cas aussi pour des pays entiers situés en Europe centrale. Ainsi, la part modale de la voie d’eau atteint 13 % en Allemagne.

 

Le corridor Rhin-Danube permet d’accéder d’Europe centrale à la partie orientale de l’Europe, jusqu’en Roumanie et en Bulgarie. La part de marché de la voie d’eau y atteint de 15 à 20 %. Toutefois, la voie d’eau a connu une baisse au cours des dernières années, due à un ralentissement des secteurs industriels qui utilisent ce mode de transport et à un contexte globalement défavorable (infrastructure du Danube)

1 Source : Voest Alpine (2015), Environmental Report

 

2 Source: Verband der chemischen Industrie (2013), Dossier sur le transport des produits chimiques.

 

3 Source: Verein der deutschen Kohleimporteure (2015), Rapport annuel 2015

 

Un projet co-financé parCommission Européenne

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